OBJECTIFS SYLVICOLES
Dans les chapitres précédents, nous avons passé en revue les conditions cadres et l’état actuel de la forêt. À présent, nous avons toutes les cartes en main pour définir les objectifs et les fixer dans l’aménagement. Les mesures seront quant à elles définies dans les prochains chapitres.
Par objectifs, il faut comprendre « que souhaitons-nous atteindre en termes de sylviculture ? » Certains seront valables pour l’entier d’un massif, tandis que d’autres vont être spécifiques à une division. À vous d’adapter ces éléments selon le contexte local.
Fonctions forestières
La forêt étagée est particulièrement adaptée à la multifonctionnalité fine : une division, et même un seul arbre, oeuvre pour plusieurs fonctions en parallèle.
Plutôt qu’une priorisation des fonctions, il est préférable de considérer chacune comme plus ou moins importante mais toujous présente. Définir cette pondération des quatre fonctions pour chaque division sous une forme de gradient, par exemple :
- Importante
- Normale
- Existante
Selon la fonction, par exemple la protection contre les dangers naturels, cette échelle est adaptable au contexte local.
Essences
Le choix des essences à promouvoir va influer sur plusieurs autres objectifs. Il n’est pas nécessaire d’arrêter un choix détaillé, mais principalement de déterminer, par division, le tempérament des essences à venir.
Pour établir ce choix, la station joue un rôle important car elle permet de lister les essences capables de se développer actuellement, et grâce à des outils comme Tree-App, elle offre aussi un aperçu des essences qui deviendront adaptées à futur. Les objectifs doivent prioriser la réalité du terrain et donc les essences déjà en station ; cet objectif pourra être adapté par la suite en fonction de l’évolution du climat et des conditions de station.
Concrètement, le choix des essences se base sur deux éléments : l’adaptation à la station et la volonté du sylviculteur.
Les essences de lumière sont très souvent bien adaptées aux changements climatiques. Mais la forêt suisse est encore dominée par des essences tolérant l’ombre, ce qui implique un investissement sylvicole pour favoriser ces essences de lumière.
De plus, dans certaines forêts d’altitude, les seules essences de lumière déjà aptes à s’y développer sont les pionniers comme le saule, le tremble et encore le sorbier des oiseleurs. Les essences climaciques, donc celles dominant naturellement, ont un tempérament de mi-ombre ou d’ombre.
La question du choix des essences se résume donc en « est-ce possible de favoriser cette essence ? » et « est-ce souhaité de la favoriser ? »
Des indications par division peuvent être formulées pour définir le mélange d’essences visé. Il n’est pas nécessaire de définir des pourcentages précis, inutiles sur le terrain ; l’important étant de consigner des tendances à poursuivre. Exemple : favoriser les feuillus avec une attention particulière sur les rares noyers.
Structure et volume sur pied
La structure visée ainsi que le volume d’équilibre (étale) découlent en partie du choix des essences et de leur tempérament concernant la tolérance à l’ombrage, ainsi que de la station.
Favoriser des essences dont le tempérament correspond à celui des essences naturellement en station permettra de viser un volume sur pied élevé et une structure plus fine en pied par pied.
À l’inverse, plus la station sera propice aux essences d’ombres et plus on souhaitera y favoriser des essences de lumière, plus les interventions sylvicoles devront être soutenues afin de maintenir un volume d’équilibre faible une structure avec des zones ouvertes.
| Tempérament des essences naturellement dominantes dans la station actuelle | Tempérament des essences que l’on souhaite favoriser | Implications sylvicoles |
| ☀️ | ☀️ | Aucune mesure particulière, essences adaptées aux conditions de station |
| 🌥️ | ☀️ | Mesures modérées pour apporter de la lumière : travailler par groupe, abaisser le volume sur pied |
| 🌥️ | Aucune mesure particulière, essences adaptées aux conditions de station | |
| ☁️ | ☀️ | Mesures fortes pour apporter de la lumière : travailler par grands groupes, abaisser conséquemment le volume sur pied |
| 🌥️ | Mesures modérées pour apporter de la lumière : travailler par groupe, abaisser le volume sur pied | |
| ☁️ | Aucune mesure particulière, essences adaptées aux conditions de station |
Rajeunissement
En forêt étagée, le rajeunissement doit être assuré en permanence afin d’éviter une homogénéisation du peuplement. Plus les conditions de station seront rudes (altitude), plus le rajeunissement se trouvera localisé – par exemple sous forme de collectif. Les objectifs doivent ainsi prendre compte de ce gradient altitudinal.
Le rajeunissement naturel cumule de très nombreux avantages et gagne à être largement priorisé. Dans certains cas précis, un objectif d’enrichissement très localisé avec des plantations est envisageable, en prenant bien en compte les coûts et incertitudes qui en découlent, ainsi que la nécessité d’un entretien régulier.
Si les objectifs de structure et volume sont correctement définis en fonction de la station et des essences, les objectifs de rajeunissement en découlent naturellement.
Possibilité
La possibilité (quotité) dépend de l’accroissement et aussi d’une éventuelle correction du volume sur pied. La possibilité est indiquée pour chaque division.
Accroissement : selon le principe de la gestion durable, seul le volume renouvelé (qui a crû durant un laps de temps donné) peut être récolté sans mettre en péril l’approvisionnement futur.
Correction du volume sur pied : si le volume actuel diffère de l’objectif visé – trop haut ou trop bas – cette différence doit être prise en compte dans l’estimation de la possibilité. Une adaptation progressive est préférable car elle est plus douce pour l’écosystème forestier, que ce soit pour une baisse du volume (pas de récolte excessive) ou une augmentation (pas de renonciation à l’entretien périodique).
La possibilité est exprimée en sv/ha/an.
Objectifs terminés !
Passons maintenant à leur mise en application. Prêt ?