DENDROMÉTRIE
La dendrométrie – littéralement, la mesure du bois – apporte les informations nécessaires au gestionnaire pour établir les objectifs sylvicoles, estimer la possibilité, définir la rotation des coupes et des soins, planifier les interventions et enfin assurer un contrôle de l’atteinte des objectifs, y compris sur les aspects de durabilité.
Ces valeurs, telles que le volume sur pied, l’accroissement, le mélange des essences, la structure ou encore la présence de rajeunissement, sont grandement utiles pour guider l’application de la sylviculture. Sans elles, les choix sylvicoles sont réalisés à l’aveugle et peuvent de ce fait conduire à des actions contre-productives. Il n’est néanmoins pas impossible de pratiquer une sylviculture durable sans données dendrométriques précises issues d’inventaires : des observations de terrain comparées à un idéal théorique représentent déjà une référence sur laquelle s’appuyer.
En bref, les données dendrométriques sont comparables à des panneaux bordant un itinéraire sylvicole : leurs indications nous guident dans la bonne direction, et, sans eux, il est impossible de savoir où l’on se dirige.
Afin de renseigner au mieux la sylviculture, les données dendrométriques pourront avantageusement être indiquées au niveau de la division.
Données issues d'inventaires de terrain
Volume sur pied et surface terrière
Le volume sur pied est une estimation du volume disponible qui soit intéressant économiquement, ceci pour des raisons historiques. Il en existe de nombreuses variantes, incluant par exemple toute la biomasse aérienne ou même les racines, mais ces valeurs ne sont pas pertinentes d’un point de vue sylvicole.
Le volume d’un tronc debout ne pouvant être calculé exactement, l’obtention d’un volume passe par l’usage d’un tarif, qui est une table de correspondance entre diamètre à hauteur de poitrine et volume estimé. De nombreux tarifs existent, le plus souvent par région géographique.
Puisque le volume sur pied est une grandeur estimée et non mesurée, on ne parlera pas de mètre cube m³ mais de sylve sv ou de mètre cube sur pied m³sp.
Très souvent, cette valeur est rapportée à l’hectare afin d’être comparable avec d’autres. On parlera ainsi de sv/ha ou m³sp/ha.
Ce volume sur pied s’obtient de nombreuses manières. Le plus précis est l’inventaire de terrain (intégral ou par placettes) dans lequel les diamètres sont relevés. Des méthodes basées sur une extrapolation sont aussi utilisées : la hauteur des arbres individuels ou le stade de développement par peuplement, incluant une indication sur la densité ou le taux de couverture donne un ordre de grandeur du volume sur pied. La technologie LiDAR couplée à différents types d’algorithmes, encore en développement pour la plupart, laisse entrevoir la possibilité de calculer un volume sur pied dont la précision serait comparable aux données d’inventaire – à suivre !
La surface terrière, contrairement au volume sur pied qui est estimé d’après un tarif, est une valeur exacte représentant la surface de la section du tronc à hauteur de poitrine. Ses usages sont donc comparables à ceux du volume sur pied.
La surface terrière s’exprime en mètre carré m², soit la surface occupée au sol par toutes les sections de troncs à 1.3m de haut.
Tout comme le volume, la surface terrière est majoritairement exprimée par hectare. On parlera donc de m²/ha.
Que l’on choisisse de travailler avec le volume sur pied ou la surface terrière, la finalité est identique : connaître la « densité de bois » dans une division à un instant T. En forêt étagée, cette densité revêt une importance capitale car la structure et le rajeunissement y sont intimement corrélés.
Nombre de tiges
Le nombre de tiges est principalement utilisé en étant couplé à d’autres valeurs comme le volume, la surface terrière ou les essences. On l’obtient en réalisant des inventaires (intégraux ou par échantillonnage).
Exemples de données croisées :
Répartition des diamètres : graphique représentant le nombre de tiges par diamètre ou catégorie de diamètre. Renseigne sur la structure : une forêt étagée doit comporter beaucoup de jeunes tiges et peu de grosses.
Proportion des essences en nombre : compter le nombre d’individus par essence. Informe sur la représentation des différentes essences.
Accroissement
Valeur fondamentale d’un aménagement durable, l’accroissement constitue une base solide pour estimer ensuite la possibilité. Il n’est cependant pas évident de déterminer un accroissement avec précision, car cela nécessite des inventaires réguliers couplés à un relevé méticuleux des arbres martelés.
Plusieurs cantons mettent à disposition des valeurs d’accroissement par région ou par station forestière. Un échantillonnage de souches offre aussi un aperçu de l’accroissement local. La technique la plus précise consiste à mettre en place des inventaires intégraux ou par placette fixe.
L’accroissement s’exprime généralement en sylves par hectare et par année sv/ha/an.
Attention à ne pas confondre accroissement et possibilité : l’accroissement est donné par la station et le peuplement, tandis que la possibilité est définie dans le plan de gestion et s’appuie sur plusieurs valeurs, dont l’accroissement.
Sans données d’inventaire ni valeurs indicatives, il est possible d’estimer très grossièrement l’accroissement en procédant à un relevé sur les souches, ou encore en observant la qualité du peuplement – meilleure elle sera, plus l’accroissement sera potentiellement élevé.
Rajeunissement
Élément central pour juger du développement futur de la forêt, citons encore le rajeunissement qui peut faire l’objet de relevés de terrain. Il est possible d’indiquer les essences présentes, leur développement, le degré d’abroutissement ainsi que la concordance avec la station actuelle et future.
Essences
Les essences présentes ainsi que leur proportion (en fonction du volume ou du nombre de tiges) renseigne sur l’adéquation du peuplement à la station actuelle et future – estimée d’après Tree-App par exemple. Ces précieuses données sont issues d’un inventaire intégral ou par échantillonnage, ou plus simplement par une fine observation des massifs.
Données complémentaires
Structure forestière
La structure forestière est composée de deux variables :
- Structure verticale : quels sont les diamètres (ou les hauteurs d’arbres) en présence ?
- Structure horizontale : comment ces diamètres sont-ils répartis dans l’espace ?
La structure donne ainsi un bon aperçu de l’étagement ainsi qu’une idée grossière du rajeunissement potentiellement présent.
Grâce aux données LiDAR, il est possible de visualiser la structure avec un modèle numérique de canopée :

Cette information, rapportée à la division, aide à planifier les interventions et à définir les objectifs et mesures sylvicoles.
Comparaison avec des forêts de référence
Sans données d’inventaire comparatives, il est toujours possible de se référer à d’autres forêts reconnues pour leur gestion durable et d’en tirer des conclusions pour ses propres forêts. S’inspirer du travail des collègues et essayer de reproduire les meilleures recettes est certes très empirique, mais constitue parfois le moyen le plus simple à mettre en oeuvre pour estimer les valeurs dendrométriques.
Inventaire terminé ?
La récolte des données est maintenant terminée. Passons à leur mise en valeur !